Désacraliser l’élitisme
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idéal de nos sociétés démocratiques, reste dans les faits bien loin de la réalité, comme en témoigne cet article récent du journal Le Monde intitulé « Coup d’épée dans l’élitisme », daté du mercredi 2 janvier 2013. Le système des grandes écoles fût mis en place après la Révolution française afin de favoriser le recrutement au mérite (et non plus en fonction des titres de noblesse et autres privilèges) des futurs agents de l’État. De « à chacun selon sa naissance » on allait passer à « l’égalité des chances ». » Le mérite, c’est le contraire des statuts hérités et des privilèges de naissance fixant une fois pour toutes les espérances des individus » écrit le philosophe Yves Michaud dans son essai Qu’est-ce que le mérite? « Le mérite signifie au contraire que ce que l’on fait et la manière dont on le fait sont plus importants que ce que l’on est et la lignée dont on est issu » précise-t-il.
Plus de trois siècles plus tard, nous ne pouvons que constater combien la naissance conditionne toujours les futures places occupées par chacun, même si la mobilité sociale, encore appelée ascenseur social, existe bel et bien. La reproduction sociale reste forte, les choix d’orientation, des écoles et classes préparatoires de choix se faisant souvent très tôt. »En 2011, la moitié des 400 élèves admis à l’École Polytechnique sortaient de deux lycées à classes préparatoires, le parisien Louis-le-Grand et le versaillais Sainte Geneviève »! (Le Monde) Connaissant particulièrement bien le sujet – le recrutement des grandes écoles dont je suis moi-même issue – j’avoue avoir été extrêmement choquée par ce chiffre.
« Si les individus héritent comme par enchantement de la position de leur parents, que ce soit dans les médias, l’industrie ou la politique ou dans la fonction publique et le monde artistique » ce n’est évidemment pour leurs seuls mérites. Parce que nous sommes dans une société démocratique, mettant en avant l’égalité des chances, nous pourrions penser que seuls les efforts, le travail et le talent comptent pour être promus, bien diplômés et « réussir » dans la vie. La sociologie nous montre qu’il n’en est rien.
Nous perdons collectivement à ce manque d’égalité des chances qui ne permet pas aux élèves les meilleurs ou potentiellement meilleurs de réussir. « Si un pays de 60 millions d’habitants ne recrute ses ingénieurs que dans des milieux qui représentent 10% de la population, c’est comme si on réduisait ce peuple à 6 millions d’habitants » déclara en 2006 le prix Nobel de Physique Georges Charpak.
Afin de favoriser la mobilité sociale et un maximum d’égalité des chances, l’école a un rôle majeur à jouer dans l’orientation et la diffusion des connaissances des différentes filières accessibles aux femmes comme aux hommes, dans la lutte contre les stéréotypes et préjugés vis à vis de certains métiers ou de certaines filières sélectives qui font penser aux élèves ou étudiants « ce n’est pas pour moi ».
Un métier ou une discipline vous fait rêver…Et si c’était pour vous?