Qu’est-ce qu’une crise ?
Le mot crise, provient du grec « krisis » et du verbe « krino », signifiant séparer, décider, tournant décisif. Une crise constitue un moment de vérité, un tournant décisif et paroxystique, séparant un avant et un après. Un après souvent caractérisé par un niveau élevé d’incertitude. La crise du covid était emblématique de ce haut niveau d’incertitude, nous pensions la crise derrière nous quand un conflit majeur a frappé aux portes de l’Europe et depuis les crises ne cessent de s’empiler.
Pour faire face à une situation de crise, un certain nombre de compétences et d’attitudes sont nécessaires selon Jared Diamond, faisant la part belle à la lucidité et au pragmatisme. Deux attitudes ayant fait leur preuve en matière de résolution de crises nationales… autant que personnelles. Là réside entre autre l’originalité du propos de Jared Diamond : dresser un parallèle entre crise personnelle et crise nationale.
Le problème du déni
Prenons un exemple emblématique récent. Alors que les vagues épidémiques se succédaient pendant la covid 19 en France, un point commun était récurrent : le déni. Alors que nous, Français, nous pensions à l’abri de l’épidémie lors de la première vague (convaincus que nous étions de ne pas suivre la même trajectoire que nos voisins italiens), nous n’avions pas voulu voir, lors de la seconde vague, ce qui pourtant sautait aux yeux des épidémiologistes : la reprise de la contagion dès la fin du mois de juillet.
Autre exemple : l’irruption de l’IA. Nous pouvons décider de faire l’autruche, freiner des 4 fers le déploiement de l’IA. Aujourd’hui c’est un game changer avec lequel il faut composer. Une rupture technologique conduisant à de profonds changements dans les manières de travailler, voire à des remises en question de pans entiers de professions.
C’est précisément la capacité à regarder les choses en face (facteur n°1) combinée à celle de reconnaître sa part de responsabilité (facteur n°2) qui constituent, comme dans le cas d’une personne, les premières étapes déterminantes d’une résolution de sortie de crise. Rien de surprenant me direz-vous, comment en effet traiter un problème dont on méconnait ou nie l’existence ou dont on attribue la responsabilité à autrui ? A travers différents récits de gestion de crises historiques, comme celle de la Finlande durant la seconde guerre mondiale, l’Allemagne de l’après guerre ou encore du Japon de l’ère Meiji, Jared Diamond met en évidence les différentes étapes ayant permis aux dirigeants de sortir leur pays d’un mauvais pas.
Dans tous les cas évoqués, les facteurs de résolution de crise identifiés par la « psychologie de crise » personnelle, semblent pleinement s’appliquer aux crises nationales. Voici donc la liste des 12 facteurs.
12 facteurs clés de résolution de crise personnelle
1. Reconnaître que l’on traverse une crise : c’est bien évidemment le point départ.
2. Reconnaître sa part de responsabilité et non blâmer autrui ou se poser en victime. Comment ne pas penser ici à Donald Trump parlant de virus étranger! Il s’agit donc « d’endosser la responsabilité » de s’atteler à ce qui est en notre pouvoir.
Il y a ce qui dépend de nous, il y a ce qui ne dépend pas de nous.
Epitecte
3. Construire une clôture pour circonscrire les problèmes précis à résoudre.
Afin d’opérer des changements sélectifs, voici une question clé à se poser selon Jared Diamond : « Qu’est-ce qui fonctionne déjà bien, n’a pas besoin d’être modifié et à quoi il est possible de raccrocher ? »
4. Obtenir de l’aide matérielle et émotionnelle de la part d’autres individus ou d’un groupe.
De même qu’un individu gagnera à demander l’aide d’un tiers, de même les nations, lorsque cela leur est possible, ne sortiront bien souvent d’une crise qu’à l’aide de pays alliés ou limitrophes.
5. S’inspirer des modèles que représentent d’autres individus pour résoudre des problèmes.
Il peut ici s’agir de s’appuyer sur des méthodes qui ont fait leur preuve ou de bénéficier des conseils de personnes ayant traversé une crise similaire.
6. La force du moi
Ce que les psychologues appellent la force du moi comprend selon Jared Diamond : »avoir le sens de soi-même, le sens d’une raison d’être, et de s’accepter pour qui on est, une personne fière et indépendante, qui ne dépend pas pour sa survie de l’approbation d’autrui ou de son soutien. » Cette force permet de faire face aux émotions fortes, de rester focalisé en situation de stress et de vaincre la peur qui peut paralyser en situation de crise.
Déclinée au niveau national, la force du moi équivaut à un sentiment de fierté nationale, permettant le cas échéant de se mobiliser de manière concertée dans l’action.
7. L’auto-évaluation honnête
Être conscient de ses forces et de ses faiblesses, de ses compétences afin de pouvoir anticiper la suite et élaborer une stratégie.
8. L’expérience des crises personnelles antérieures
Bien évidemment, le fait d’avoir réussi par le passé peut permettre d’identifier ce qui a bien fonctionné et pourrait être aidant lors d’une nouvelle crise.
9. La patience
Vertu cardinale dans bon nombre de situations…
10. La flexibilité
Une chose importante est de jouir d’une personnalité flexible…et non pas rigide. Par rigidité Jared Diamond entend « la conviction qu’il n’y a qu’une seule voie possible, ce qui empêche d’explorer d’autres voies ».
11. Les valeurs fondamentales individuelles
Lors d’une crise, « quelles valeurs essentielles refuseriez-vous de changer? » interroge Jared Diamond. Il ressort là encore que si des valeurs fondamentales peuvent nous guider pour garder notre cap, la capacité à les reconsidérer si elles ne sont plus adaptées est également facilitant pour sortir plus rapidement d’une crise.
12. L’absence de contraintes personnelles
Le dernier critère est celui de l’absence de contraintes d’ordre pratique ou liées à des responsabilités vis à vis d’autrui, permettant une plus grande liberté de choix. A défaut, la capacité à se donner la liberté d’envisager de multiples scénarios rejoint l’importance de faire preuve de flexibilité.
En ces temps de crises permanentes, je ne peux que recommander la lecture du livre de Jared Diamond, biologiste et géographe, auteur du best selle « Effondrement » : Bouleversement, les nations faces aux crises et aux changements.